Le salon Produrable, grand rendez-vous annuel des acteurs professionnels de la RSE, qui s’est tenu la semaine dernière à Paris, confirme que la biodiversité est l’une des grandes thématiques RSE du moment. En deux journées de salon, il y a eu pas moins de 7 conférences sur la sujet, dont la plénière de clôture avec des intervenants de grande qualité (Valérie Cabane, juriste en droit ­international, spécialisée dans les droits de l’homme et le droit humanitaire, Bruno David, Président du Museum d’Histoire Naturelle, Jean-François Julliard, DG de Greenpeace France, etc.). Pendant le salon, les grands enjeux de la biodiversité ont donc été abordés, ainsi que l’urgence d’agir et des moyens pour le faire.

La plénière de clôture de Produrable 2019 dédiée à la biodiversité

La biodiversité en danger

Pour commencer, il convient de rappeler ce qu’est la biodiversité. Bien plus que la somme de tous les êtres vivants de la planète, la biodiversité désigne aussi les innombrables interactions entre tous ces êtres vivants. C’est ce qui en fait sa force, sa complexité, mais aussi sa faiblesse. Tous les êtres vivants étant liés directement ou indirectement, la disparition d’une espèce a par exemple des conséquences bien au delà de cette seule espèce. La complexité de ces interactions explique la diversité des impacts sur la biodiversité: pollution des milieux naturels, disparition des espèces, artificialisation des sols, etc.


La biodiversité, c’est aussi tous les services rendus par les différents écosystèmes, ou services écosystémiques. On estime que 40% de l’économie mondiale repose sur des services rendus par la nature. Au delà de la préservation de la nature, les enjeux de la biodiversité sont donc aussi économiques. Mais ce sont désormais surtout des enjeux de survie, notamment pour l’espèce humaine. Et les derniers rapports sur l’état de la biodiversité dans le monde sont alarmants, et les causes principales sont les activités humaines. Il y a donc urgence de sauver la biodiversité pour nous sauver nous-mêmes. Et au delà des signaux que nous envoie la nature, cette urgence se fait de plus en plus ressentir aussi bien dans la société civile que dans la sphère économique, puisque la biodiversité est évoquée régulièrement aussi bien dans les médias que dans les cercles économiques.

Une prise de conscience récente des entreprises

L’indispensable priorité est de changer profondément nos modes de production et de consommation, pour faire en sorte que créer de la valeur économique ne revienne plus à détruire le vivant. Car c’est malheureusement le constat actuellement dans nos sociétés industrialisées: pour produire des biens de consommation, nous détruisons la vie animale et végétale. Mais ce n’est pas une fatalité, plutôt une (très) mauvaise habitude qu’il est encore temps, et surtout encore possible de changer.
C’est ce que vise notamment l’initiative Act 4 nature. Des entreprises -principalement des grands groupes- prennent des engagements pour la nature et la biodiversité, assortis de plans d’actions. Sans forcément douter de la sincérité de leurs engagements, je me demande combien de ces engagements vont découler sur des actions concrètes qui permettront de réellement régénérer la biodiversité ? Souhaitons que ce soit un vrai sursaut.


Comme tous les deux ans depuis 1992, se tiendra en 2020 la COP 15 de la biodiversité en Chine. Le but sera de définir des engagements internationaux pour lutter ensuite au niveau national contre la destruction de la biodiversité. Tout comme les COP sur le climat, ce sera surtout l’occasion de sensibiliser le grand public et le monde économique à ce sujet. C’est pourquoi l’UICN organisera en juin 2020 à Marseille son congrès mondial sur la biodiversité, en préparation de la COP. Là encore, c’est un évènement institutionnel qui permettra de mettre la biodiversité au cœur de l’actualité, qui plus est dans la métropole d’Aix-Marseille qui héberge sur son territoire le Parc National des Calanques, et un tissu économique très riche.Une prise de conscience récente des entreprises

Engagement des entreprises pour la biodiversité

Le rôle prépondérant des PME dans la lutte pour la biodiversité

Ma conviction est que pour répondre à l’urgence de la dégradation de la biodiversité, des plans d’actions concrets peuvent être mis en place par les PME localement sur leurs territoires d’implantation, mais aussi en partenariat avec les acteurs de leur chaîne de valeur. Comme pour de nombreux enjeux sociaux et environnementaux, les PME ont en effet un rôle prépondérant à jouer : agir à leur échelle sur les enjeux en lien avec leur coeur de métier, pour adopter et favoriser des pratiques vertueuses. Toute activité économique ayant des impacts sur la biodiversité, les entreprises de tous secteurs devraient définir leur stratégie permettant de préserver voire régénérer la biodiversité. Au niveau français, ce sont 3 millions de TPE et PME qui ont ont donc un rôle à jouer, aussi bien localement qu’avec leurs fournisseurs, et donc à l’échelle mondiale. Les grands groupes ayant déjà commencé à prendre en main le sujet biodiversité, c’est maintenant à leurs fournisseurs, et donc les PME, de s’en emparer pour répondre aux nouvelles attentes sociétales et à l’urgence évoquée plus haut. Encore une fois, gageons que les acteurs du changement seront les PME sur nos territoires.

Un outil utilisable par les PME pour définir une stratégie biodiversité

Une stratégie biodiversité, un axe de création de valeur pour les PME

L’élaboration d’une stratégie de biodiversité, tout comme une stratégie RSE, est réalisable de manière pragmatique à l’échelle d’une PME. Pour cela l’entreprise peut commencer par établir la liste ses enjeux majeurs en termes de biodiversité. Cela passe par la cartographie des dépendances et des impacts des activités sur la biodiversité et l’analyse de ses bonnes pratiques existant sur sa chaîne de valeur. Ensuite, en concertation avec ses parties prenantes, la PME peut définir une stratégie répondant aux axes prioritaires, ainsi qu’une feuille de route, qui permettront de mettre en place des actions concrètes de restauration de la biodiversité, suivies par des indicateurs et assortis d’objectifs.

Au delà de la démarche vertueuse pour le vivant, la biodiversité est un puissant levier de création de valeur pour les PME. En effet, des actions concrètes au niveau du siège de l’entreprise permettent d’améliorer l’image de marque, de favoriser un environnement de travail agréable et donc d’améliorer l’implication des salariés et la marque employeur d’une entreprise. Dans les secteurs où les produits sont directement issus de la biodiversité (agroalimentaire et cosmétiques par exemple, deux secteurs majeurs en PACA), une stratégie biodiversité permet aussi d’innover, notamment sur la qualité des produits, et surtout d’assurer la pérennité du cœur de métier qui se base sur les produits naturels. De plus, les relations avec les parties prenantes locales, au niveau des territoires d’implantation et de ceux des fournisseurs, se voient améliorées par la mise en place d’actions concrètes et ayant des impacts positifs tangibles. Enfin, les réglementations, normes et labels étant de plus en plus attentifs à la biodiversité, ces actions permettront aux PME d’anticiper les évolutions réglementaires ou de valoriser leur engagement par une labellisation.

La préservation et la restauration de la biodiversité, au delà d’être une urgence vitale, est donc aussi une thématique permettant de générer de la valeur immatérielle pour une PME. En PACA, cet enjeu sera d’autant plus fort avec le congrès de l’UICN à Marseille en 2020.

Pour plus d’information sur comment définir votre stratégie biodiversité, n’hésitez pas à me contacter.


Sébastien Magnan

Spécialisé en développement durable et en innovation, je suis convaincu que les changements profonds et durables passeront par des consommateurs engagés et des PME vertueuses. J'accompagne des dirigeants de PME en Région PACA pour intégrer le développement durable à leur business-model et créer de la valeur sur le long terme.

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