Le devoir de vigilance : contrainte pour les grands groupes, opportunité pour les PME

Ce terme a alimenté l’actualité de nombreux médias depuis l’adoption de la loi début 2017, mais que recouvre-t-il exactement ? Le devoir de vigilance représente l’obligation pour les grandes entreprises de connaître et maîtriser les risques sociaux et environnementaux sur leur chaîne d’approvisionnement. Concrètement, des dialogues vont s’ouvrir avec les fournisseurs, majoritairement des PME, pour savoir où se trouvent les risques, et comment les minimiser. Les PME les plus vertueuses sur les questions sociales en environnementales auront donc des atouts à faire valoir. Voici quelques explications…

 

Le devoir de vigilance a été introduit par une loi adoptée début 2017, et qui sera mise en application à partir de janvier 2018. Cette loi exige des grandes grandes entreprises de mettre en œuvre et de publier un plan de vigilance pour « prévenir les atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l’environnement ».

Par « grandes entreprises », la loi entend les entreprises employant au moins 5000 salariés si le siège est en France et celles employant au moins 10 000 salariés si le siège est à l’étranger. Avec ces seuils, ce seront donc 150 à 200 entreprises qui seront concernées en France.

Le plan de vigilance mis en place par l’entreprise doit concerner les activités directes et indirectes, ainsi que celles des sous-traitants et fournisseurs, ce qui représente le point central de la loi. Toujours selon cette loi, les entreprises concernées devront être en mesure de présenter publiquement les éléments suivants qui constitueront leur plan de vigilance :

  • Cartographie des risques
  • Cadre et procédure d’évaluation
  • Plan d’actions adapté
  • Mécanisme d’alerte
  • Dispositif de suivi des actions

Et là ou les PME qui travaillent avec ces grandes entreprises auront aussi un rôle à jouer, c’est que la loi exige que ce plan de vigilance soit « élaboré en association avec les parties prenantes de la société », « au sein des filières ou à l’échelle territoriale ». Les grandes entreprises devront alors s’appuyer sur les fournisseurs avec lesquelles les relations sont bien établies et co-construire des stratégies de gestion des risques.

Bien que contraignante, cette loi sera donc l’occasion pour les grandes entreprise d’améliorer les pratiques sociales et environnementales sur leur chaîne de valeur, et donc de progresser : meilleure connaissance des risques fournisseurs, renforcement du management de la qualité et réduction des coûts par une rationalisation des fournisseurs.

search-2831336_640

Parlons maintenant du sujet qui nous intéresse le plus : vous, les PME !

Les fournisseurs des grandes entreprises, dont vous faites peut-être partie, sont majoritairement des PME. Celles-ci se retrouvent désormais obligées d’être elles-mêmes en mesure de limiter ces risques, et de rentrer dans un dialogue constructif avec leurs clients sur ces sujets. En un mot : montrer que les risques sociaux et environnementaux sont maîtrisés chez vous et que vous êtes un fournisseur de confiance dont les pratiques peuvent améliorer le plan de vigilance.

Des grandes entreprises, soucieuses de leur image et du respect de la loi, vont se tourner prioritairement vers leurs fournisseurs majeurs qui sont déjà en mesure de leur apporter les éléments de réassurance nécessaires. Nécessairement, les PME ayant déjà adopté et valorisé une approche stratégique de la RSE seront sollicitées dans les mois qui viennent. Les exemples sont nombreux d’entreprises ayant su se différencier en engageant un dialogue constructif avec des clients importants. Et l’initiative pouvant venir du fournisseur, comme du client, les opportunités de différenciation seront donc nombreuses dans les mois à venir !

 

PME, les achats responsables vous concernent aussi !

Comme l’a récemment souligné le Président de la FEEF, les PME ont déjà naturellement en elles un ADN de RSE : proximité avec les clients, entreprises à taille humaine, ancrage territorial, etc. Pour autant, il ne faudrait pas croire qu’être une PME suffit à cocher toutes les cases d’une démarche RSE complète, notamment sur la chaîne d’approvisionnement et les achats responsables.
Les achats responsables, très présents dans l’actualité RSE, montrent bien que quelle que soit la taille de l’entreprise, les enjeux et les difficultés sont les mêmes. En effet, un article récent de Novethic révélait que seulement 15 % des entreprises ont une vision claire sur leurs fournisseurs de rang 1 et 2, et 6 % au-delà. Les risques qui en découlent sont nombreux pour les entreprises : problèmes de qualité, rupture de l’approvisionnement par manque de proximité, scandales environnementaux et/ou sociaux, etc. Les PME ne peuvent donc, pas plus que les grands groupes, s’affranchir d’une démarche d’achats responsables.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Médiateur des entreprises vient de rendre le label « Relations fournisseurs et achats responsables » accessible aux PME depuis le 1er octobre. Ce label, initialement créé en 2012, était jusque là réservé aux grandes entreprises et se concentrait sur les process mis en place pour garantir des relations justes et durables avec les fournisseurs. La version PME se concentre davantage sur les résultats et l’impact des actions sur les sous-traitants. Les deux versions de ce même label sont compatibles avec la norme ISO 20400 sur les achats responsables et donc reconnus à l’international, ce qui montre là encore l’importance de l’enjeu.

 

Enfin, le devoir de vigilance introduit par une loi adoptée début 2017, et qui sera appliquée à partir de 2018, demande aux grandes entreprises de prévenir les risques en matière d’environnement, de droits humains et de corruption notamment chez leurs fournisseurs. Ces fournisseurs étant majoritairement des PME, celles-ci se retrouvent désormais obliger d’être elles-mêmes en mesure de limiter ces risques. Les achats responsables sont donc devenus incontournables, mêmes pour les PME.

Les PME sont donc maintenant directement concernées par les achats responsables et ont tout intérêt à mettre en place puis à valoriser de vraies démarches, d’une part pour une meilleure gestion des risques fournisseurs, et d’autre part pour en faire un élément de différenciation.

Valorise, le portail RSE des distributeurs et des fournisseurs

La plateforme web Valorise, qui va entrer en fonctionnement le 12 septembre 2017, est le fruit d’une collaboration  entre quatre grande organisations professionnelles françaises: l’ANIA, Coop de France, la FCD et la FEEF.

Les objectifs affichés sont clairs :

  • Simplifier les auto-évaluations RSE et les échanges entre fournisseurs et distributeurs;
  • Faciliter le pilotage des démarches RSE;
  • Valoriser les actions RSE mises en place par les fournisseurs.

Cette collaboration inédite montre bien l’intérêt croissant des distributeurs pour les engagements de leurs fournisseurs, eux-mêmes motivés par l’évolution des attentes des consommateurs. Les entreprises qui fournissent la grande distribution seront donc de plus en plus attendues sur leurs engagements RSE !

Capture écran valorise
Capture d’écran du site web de Valorise

Mais surtout, les auto-évaluations qui seront réalisées par les entreprises devraient pousser une grand nombre de PME à initier ou renforcer leur démarche RSE. Une fois les premières évaluations dans les mains des distributeurs, il y a fort à parier que ceux-ci vont demander des efforts au moins avancés et valoriser les premiers de la classe…

Il y a donc une opportunité énorme pour les PME engagées de rester en haut de l’affiche et d’avoir un retour sur les efforts mis en place. Bonne nouvelle !

Les démarches RSE des PME valorisées par la grande distribution !

Dire que la RSE est profitable aux entreprises et en particulier aux PME, c’est bien. Voir que les choses avancent vraiment, c’est encore mieux. Alors aujourd’hui on se penche sur deux initiatives dévoilées récemment qui montrent que la grande distribution a décidé de valoriser l’engagement des PME sur les thématiques de la RSE.

La grande distribution est un bon indicateur des tendances de consommation, surtout en France où elle est omniprésente. On voit de plus en plus dans les rayons de produits labellisés, biologiques, végétariens, fabriqués en France, etc. Cette tendance suit l’évolution des attentes des consommateurs que nous sommes. Et, comme on en a parlé dans un précédent article, puisque les consommateurs attendent aussi plus d’engagements globaux sur la RSE, la grande distribution s’y met pour répondre à cette attente.

En effet, plusieurs enseignes ont annoncé récemment qu’elles allaient valoriser dans leurs prospectus nationaux leurs fournisseurs détentrices du label « Entrepreneurs plus engagés », délivré par la FEEF (fédération des entreprises et entrepreneurs de France). Et pour enfoncer le clou, la FEEF diffusera sur le web et à la télévision une campagne de communication sur ce label. Les PME qui ont su se lancer dans des démarches RSE et se retrouvent ainsi valorisées en seront les grandes gagnantes !

Plus d’informations sur l’article de LSA Conso.

 

Autre annonce d’intérêt pour les PME engagées ou qui veulent le devenir, une plateforme d’auto-évaluation RSE des fournisseurs de la grande distribution va être lancée à la rentrée. Cette plateforme est le fruit d’une collaboration entre quatre grande organisations professionnelles françaises: l’ANIA, Coop de France, la FCD et la FEEF. Les objectifs affichés : simplifier les auto-évaluations RSE et les échanges entre fournisseurs et distributeurs, faciliter le pilotage des démarches RSE et valoriser les actions RSE mises en place par les fournisseurs. Cette collaboration inédite montre bien l’intérêt croissant des distributeurs pour les engagements de leurs fournisseurs, eux-mêmes motivés par l’évolution des attentes des consommateurs.

Plus d’informations sur le communiqué de presse.

 

La grande distribution souhaite donc que les efforts de ses fournisseurs soient mis en avant, et c’est encore une bonne nouvelles pour les PME engagées ! Et pour celles qui ne le sont pas encore, il est toujours temps de prendre le train en marche…

 

Les Comtes de Provence : une touche de RSE dans la confiture !

logo-les-comtes-de-provence

Aujourd’hui nous allons faire un tour du côté de l’agro-alimentaire, où le développement durable peut jouer un rôle central pour créer de la valeur. Pour cela, direction Peyruis, petite ville de 3000 habitants dans les Alpes de Haute Provence, où l’entreprise agro’novae fabrique depuis plus de 30 ans sous la marque « Les Comtes de Provence » des produits à base de fruits : confitures, compotes, etc.

Pour comprendre l’engagement de l’entreprise, un coup d’œil aux labels sur le site internet nous donne une bonne idée : « Agriculture Biologique », « Cuisiné en France » et « Entreprise du Patrimoine Vivant ». Et pour en déduire que durable rime avec qualité, les récompenses de l’entreprise nous aident : médailles au Concours Général Agricole de Paris et trophée « great taste gold ». Ca donne envie de goûter mais surtout d’en savoir plus…

labeks
Affichage des logos sur le site web

Pour produire des confitures et des compotes de qualité, agro’novae a fait le choix, logique vous me direz, d’utiliser des matières premières de qualité et une liste réduite d’ingrédients : fruits cueillis à maturité, pure sucre de canne, acidifiants et gélifiants naturels, et … c’est tout ! Pour la qualité, tous les fruits utilisés sont sélectionnés selon des cahiers des charges stricts qui assurent leur bon goût.

Le deuxième secret de fabrication des confitures, c’est la cuisson artisanale traditionnelle. Pour confectionner les produits avec le meilleur goût possible, la cuisson se fait à la vapeur dans des chaudrons créés sur mesure pour l’entreprise. Mais par dessus tout, c’est un cuiseur qui joue un rôle central. Grâce à son savoir-faire traditionnel, il garde un œil permanent sur la cuisson et juge à la couleur si la préparation est prête.

Cuiseur
Extrait de la vidéo institutionnelle

Bien que toute la partie cuisson soit restée traditionnelle, le choix a été fait d’industrialiser les autres procédés pour gagner en efficacité : étiquetage, empotage et conditionnement. Et pour économiser l’eau et l’énergie utilisées aux différentes étapes de production, l’entreprise investit en moyenne 5% de son chiffre d’affaires annuel pour améliorer les procédés et réduire les consommations.

En plus de la qualité, de la tradition et des économies de ressources, le PDG Yves Faure a souhaité lancer il y a 15 ans déjà une gamme de produits biologiques, « par conviction et parce que la demande des consommateurs se faisait déjà sentir ». L’entreprise a alors commencé avec des petites quantités pour arriver aujourd’hui à une gamme bio qui représente 50% des ventes. Et ce n’est pas fini puisque la volonté de la Direction est de poursuivre le développement de cette gamme, comme le montrent les nouveaux produits récemment sortis à la vente. Quant à la mise en place de la gamme biologique, le PDG explique ne pas avoir rencontré de difficultés particulières puisque « l’accompagnement des labels a beaucoup aidé et permis d’encadrer les démarches ».

Confitures bio
Présentation de la gamme bio sur le site web

Et sur les autres aspects de la RSE alors ? L’entreprise agit aussi au niveau social et sociétal, en favorisant une bonne ambiance de travail pour les salariés, locaux en grande majorité. Et sur cet aspect, pas de labels mais des médailles du travail distribuées régulièrement, ce qui correspond au minimum à une ancienneté de 20 ans pour un salarié. Sacrée performance dans une société où le turnover domine ! Quand à son ancrage territorial, il est assuré par le soutien de manifestations sportives locales, un lien permanent avec la chambre d’agriculture, un partenariat avec une coopérative agricoles locale et une manufacture ouverte aux visites.

Manufacture
Capture d’écran du site web

Tout cela ressemble bien à un bel exemple de démarche RSE ancrée dans l’ADN de l’entreprise et pourtant le PDG m’a confié en toute modestie ne pas vouloir parler de RSE car « l’entreprise ne coche pas toutes les cases d’une politique RSE au sens pur du terme ». Alors si on ne veut pas parler de RSE, ça y ressemble beaucoup et on en observe quand même les retombées, puisque grâce à ses produits de qualité et une gamme biologique conséquente, agro’novae emploie aujourd’hui 30 personnes, est en croissance annuelle de 15% avec un chiffre d’affaires proche de 10 millions d’euros et exporte ses produits vers plus de 20 pays. Et cette réussite semble être tirée par le bio, puisque la croissance de cette gamme, entre 20 et 30% par an, est tout simplement le double de celle de la gamme conventionnelle ! Le tout en perpétuant des savoir-faire traditionnels locaux. Alors, convaincus ?

Yves Faure 2

Je tiens à remercier Yves Faure, PDG d’agro’novae, qui a pris le temps de me raconter son entreprise avec passion.

 

[e-RSE.net] Les consommateurs prêts à payer plus cher pour des produits écologiques

… et c’est une aubaine pour les entreprises !

C’est dans l’air depuis plusieurs années et les études continuent de confirmer ce qui est maintenant plus qu’une tendance : la consommation responsable s’installe durablement. Le résultat ? Des consommateurs soucieux des impacts sociaux et environnementaux de leur consommation, et ce dans tous les secteurs.

L’exemple le plus probant reste probablement celui de l’agriculture biologique, avec notamment ses logos bien ancrés chez les consommateurs et des prix souvent plus élevés que de plus en plus de consommateurs sont prêts à payer.

Il y a donc pour les entreprises une opportunité énorme à saisir sur le marché local et international. Très bien, mais comment et avec quels résultats ?

Changer son mode de production pour proposer des produits ou services écologiques demande généralement dans une premier temps un investissement financier et une volonté importante de la part des dirigeants. Mais les résultats peuvent s’avérer extrêmement positifs : optimisation des procédés, gains en efficacité, plus grande motivation, mise sur le marché de produits ou services répondant aux tendances actuelles, fidélisation des clients, etc. Et au final : de meilleurs résultats financiers, en plus bien sûr des bénéfices sociétaux.

Pour les sceptiques et autres pessimistes, je vous invite à vous pencher sur le cas Pocheco détaillé dans un autre article.

 

Lire l’article complet sur e-RSE.net

[Les Echos] PME et RSE : le couple gagnant

Le Président de la Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France (FEEF), Dominique Amirault, prend la parole pour souligner l’importance des PME dans le paysage de la RSE en France.

Selon lui, les PME mettent en place des démarches RSE dans une logique de progrès et d’amélioration continue, quand les grands groupes répondent plus à une logique de conformité réglementaire. Je vous laisse deviner laquelle de ces deux approches est celle qui crée le plus de valeur…

Et quand on parle de PME, on parle d’entrepreneurs. L’entrepreneur est décrit comme cette personne ambitieuse qui souhaite se différencier, avoir une approche offensive, s’adapter aux évolutions des attentes des consommateurs, etc. Et puisque les consommateurs attendent de plus en plus d’engagement social et environnemental des entreprises, l’entrepreneur est celui dont la vision permettra de mettre en place une RSE concrète et appliquée.

Le rôle des PME apparaît donc crucial pour relancer l’économie en y apportant du progrès social et environnemental. De plus, l’ancrage territorial de nos PME permettra de contribuer au maintien de l’emploi local et à la création de richesses partagées.

En un mot : dirigeants de PME, la RSE vous appartient, foncez !

Source : Les Echos, 23 mai 2017